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Pour qui roule la journaliste Mme Woessner ?

Les 24 et 25 mai derniers, la presse française généraliste et notamment le quotidien français Le Monde relayait deux études portant sur la persistance « infinitésimale » de pesticides dans les fruits et légumes.

Le 2 juin, la journaliste Géraldine Woessner, de l’hebdomadaire français Le Point rédigeait un article à charge concernant ces publications ; elle remettait en cause, sans le dénoncer ouvertement (il est question d’un magazine vespéral sic) la probité éditoriale des deux articles du Monde.

J’invite le lecteur à (re)lire les pièces à conviction (les deux articles du Monde et celui du magazine Le Point), pour juger de la pertinence des arguments avancés par les uns et les autres.
Mais je voudrais attirer l’attention sur les dégâts éthiques auprès des lecteurs – toujours soucieux de s’informer de controverses scientifiques ayant trait à la santé publique - qu’occasionnent l’article de Mme Géraldine Woessner, et par extension ce genre de comportement journalistique. Cette dernière titre son article ainsi : « Pesticides : quand la presse française devient folle ».

Sur un sujet aussi grave, Mme Woessner ne contre-argumente pas d’emblée les aspects scientifiques des analyses/commentaires des deux journalistes du Monde qui relaient ces deux études avec rigueur, mais elle fait un procès d’intention d’une mauvaise foi redoutable, en s’appuyant sur des arguments pour l’essentiel non étayés (Avec le culot de dire qu’elle perd son temps !!). Ici ce serait trop long de citer tous ces passages en question, je renvoie encore une fois à la lecture de cet article, le lecteur en sera juge.

Mais le comportement non responsable de Mme Woessner est ailleurs que dans cette polémique qu’elle déclenche, et qui crée le buzz. En accusant ces journalistes d’être « victimes » du lobby bio et de présenter l’étude à leur avantage « idéologique », elle utilise un procédé qui fut largement utilisé en réponse des premières publications scientifiques pointant les conséquences « à venir » du dérèglement climatique. Cela nous ramène trente ans en arrière ! Et cela nous a fait prendre trente années précieuses pour tenter de trouver des solutions durables sur ces questions. Ainsi, au lieu de « creuser positivement » la controverse scientifique qui peut naître de ces deux études, voire la remettre en cause avec rigueur  (juger de la fabrique des statistiques qui portent ces résultats scientifiques, la méthodologie utilisée, le recoupement des sources, expliquer la notion de seuil « minimal et maximal », etc..), Mme Woessner utilise bien elle-même en toile de fond de son article l’arme complotiste qu’elle dénonce pourtant en direction des journalistes du Monde !

Encore donc un triste cas d’école, où le citoyen ne sort pas gagnant de cette polémique qui jette de la confusion. Pire, l’article du magazine Le Point met à mal tous les membres associatifs, qui au jour le jour, tente d’instaurer un dialogue toujours difficile sur le terrain avec les professions de l’agro-alimentaire en autres, pour faire évoluer les choses et trouver un consensus afin de faire évoluer les modèles agricoles de production, puis de consommation, dans le respect du vivant.

Soyons positif : cet article à charge de Mme Woessner aura peut-être le mérite de pointer l’absolue nécessité de se doter d’une culture scientifique minimale citoyenne pour décrypter le « vrai » du « faux » d’un article à l’autre, afin qu’il soit capable de jongler plus sereinement avec l’incertitude. Les sciences apportent des réponses toujours relatives, donc jamais définitives par nature. Un doute scientifique à cultiver, qui, lui, est salutaire, et qu’il faut savoir user.

Il est donc profondément regrettable de lire ce genre de prose journalistique. A mon tour, je ne peux m’empêcher, vu la qualité malveillante encore une fois dit de cet article du Point, de sombrer moi-même, bien contre ma propre volonté, dans le piège du complotisme. Et donc de me poser la question : pour qui roule la journaliste Woessner ?

Etienne Collomb